Renforcement de l’Euro, un phénomène temporaire

Alors que la FED a annoncé le ralentissement prochain de son programme d’injection de liquidités, l’Euro s’est apprécié significativement contre le billet vert. Au même moment, Mario Draghi s’engageait pour la première fois dans la durée, sur le maintien de taux d’intérêt faibles en Europe. Ces deux annonces concomitantes auraient dû occasionner un affaiblissement de l’Euro contre le dollar. Le mouvement de hausse auquel nous avons assisté depuis le 9 juillet dernier (la parité EUR/USD est passée de 1.28 à 1.34) laisse plus d’un investisseur dubitatif tant il est contre-intuitif.

Nous pouvons distinguer deux types de facteurs de soutien de la monnaie européenne : les facteurs fondamentaux et les facteurs techniques/de flux.

Pour ce qui est des facteurs de soutien fondamentaux, la monnaie unique bénéficie de l’amélioration des données économiques de la zone Euro. La publication des chiffres du PIB le 14 août prochain devrait montrer que le point bas de la récession est désormais derrière nous. De nombreux indicateurs avancés (enquêtes de confiance, PMI, production industrielle) se sont significativement améliorés et ont un comportement cohérent avec une sortie de récession dès le deuxième trimestre 2013.

Pour ce qui est des facteurs techniques, ils se trouvent à la fois sur les marchés de taux et sur les marchés actions. Pour les marchés de taux, les chiffres publiés récemment montrent que les investisseurs japonais ont acheté sur les 5 dernières semaines pour 3 600 milliards de Yen d’obligations étrangères. Au vu de l’écartement des rendements entre obligations américaines et obligations du cœur de la zone Euro, on peut penser qu’une bonne partie de ces achats ont été réalisés sur la dette Européenne.
Pour ce qui est des marchés actions, on constate une surperformance récente des actions européennes par rapport aux actions américaines. Les investisseurs actions, encouragés par les bons chiffres économiques du vieux continent, ont probablement commencé à se repositionner sur la zone, générant également une demande inhabituelle pour l’Euro.

Ce phénomène est-il pour autant durable ? Probablement pas… Si le point bas de la récession est derrière nous, l’ampleur de la reprise de l’économie européenne sera faible. Le processus de désendettement reste un mal nécessaire. S’il ne s’accélère pas, répondant ainsi aux préconisations du FMI, il ne disparaitra pas pour autant et l’austérité restera le mot d’ordre afin d’acheter la paix sur les marchés obligataires.

Parallèlement, l’économie américaine devrait continuer d’accélérer son rythme de croissance. Le durcissement effectif de la politique monétaire américaine à l’automne prochain devrait également être un facteur de soutien pour le dollar.

Nous nous attendons donc à une rechute de l’Euro contre le Dollar dans les prochains mois. Cette baisse apportera une bouffée d’oxygène aux exportations européennes : une bonne nouvelle pour la croissance de la zone Euro.

David Kalfon
Achevé de rédiger le 9 août 2013