Marchés Emergents : Le « Decoupling » est bien là !

Depuis plus de trois ans, les actions des pays émergents sous-performent très significativement les actions des pays développés. La décote de valorisation des marchés émergents par rapport aux marchés développés qui était de l’ordre de 7% en 2010 s’établit désormais juste en dessous des 30%.

Début septembre, la révision à la baisse des prévisions de croissance mondiale par Morgan Stanley (de 3.1% à 2.9% pour 2013 et de 3.9% à 3.1% pour 2014) a été intégralement justifiée par une plus faible contribution à la croissance des pays émergents (de 5.1% à 4.8% pour 2013 et de 5.7% à 4.9% pour 2014). Dans le même temps, cette même équipe de recherche remontait ses prévisions de croissance pour le G10 de 1.9% à 2.0% pour 2014.

Le « Decoupling » entre marchés émergents et marchés développés qu’on nous promettait il y a quelques années a bien eu lieu… malheureusement pas dans le sens où la communauté des investisseurs l’attendait.

Qu’en est-il pour les années avenir ? Une telle sous-performance peut-elle se reproduire ?

On peut identifier deux risques. Le premier, la poursuite du renforcement du dollar sous l’effet d’une politique monétaire moins accommodante et donc la poursuite des sorties de capitaux des pays émergents. Ces flux forceraient les banques centrales locales à défendre leurs devises au travers de hausse de taux qui pèseraient lourdement sur la croissance. Le deuxième, la poursuite du ralentissement de la croissance chinoise. Les autorités semblent en effet réticentes à se lancer dans une relance budgétaire agressive. De plus, la transition vers un modèle de croissance tirée par la consommation domestique reste un exercice difficile et l’allocation du capital est encore loin d’être efficiente.

Toutefois ces risques ne doivent pas nous faire oublier que la croissance des marchés émergents reste nettement supérieure à celle des pays développés. Qui plus est, la plupart de ces pays ont les moyens (à la différence des pays occidentaux) de lutter contre le ralentissement économique par des plans de relance budgétaire. Enfin, les valorisations ont été fortement ajustées à la baisse ce qui redonne une marge de sécurité aux investisseurs.

 Pour l’heure, il semble « politiquement incorrect » d’investir dans les marchés émergents et il est de bon ton de prôner le rapatriement des capitaux vers les marchés développés. Pour autant, plutôt que de céder au consensus, ne faudrait-il pas s’interroger sur le bon moment pour revenir sur cette classe d’actif ?

 David Kalfon

Achevé de rédiger le 9 septembre 2013