BCE ou révisions des bénéfices ? Quel moteur peut encore nourrir la hausse des actions ?

Tout comme en septembre 2012, la BCE a décidé de frapper fort lors de sa conférence du 5 juin. Des paroles, son patron Mario Draghi est passé aux actes. L’arsenal de mesures déployées par l’institution monétaire peut être qualifié d’exceptionnel, voire même d’impressionnant par rapport à ses dernières actions. Il y a deux ans à peine, le patron de la Banque Centrale avait marqué les esprits en affichant sa volonté d’éviter à tout prix un éclatement de la zone euro, à coups de formules bien choisies (« La BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant. »), et d’effets d’annonce (programme de rachats illimités d’obligations d’Etat aussi appelés OMT). S’en étaient suivies une forte détente des taux d’emprunts des pays périphériques et une belle remontée des actions européennes matérialisée par un rebond de l’Euro Stoxx 50 de 2100 à 3300 points aujourd’hui alors que, dans le même temps, le CAC 40 est passé de 3000 à plus de 4500 points . Et cela sans nul besoin pour la BCE de recourir aux fameuses OMT.

Toute la question est maintenant de savoir si la Bourse dispose de suffisamment de ressort pour profiter d’un nouvel « Effet Draghi » ou si les potentiels catalyseurs des indices boursiers du Vieux Continent doivent être cherchés ailleurs. A 14.5 fois les résultats attendus, les actions de la zone Euro sont désormais à leur prix du moins tant que des éléments d’ordre microéconomique ne viennent pas attester du contraire.
Si la BCE peut faire progresser les marchés à court-terme, sans le soutien d’une dynamique bénéficiaire positive du côté des entreprises, elle ne fera qu’entrainer les marchés dans une zone de surévaluation… avec tous les risques d’une forte correction par la suite.

Contrairement à Wall Street, les indices boursiers européens ne doivent pas leur rebond des 24 derniers mois au relèvement des perspectives bénéficiaires des entreprises cotées. Dans ce contexte, la poursuite d’un mouvement haussier pérenne devra nécessairement passer par une révision à la hausse des perspectives de bénéfices. Après trois années de révisions baissières, ce scénario est plus que probable.

En attendant de pouvoir mesurer l’impact des mesures de Mario Draghi sur l’économie réelle, l’état de santé des entreprises représente encore le meilleur baromètre conjoncturel. Reste maintenant à ces dernières de confirmer le tir à l’occasion des prochaines publications de résultats trimestriels, qui devraient être scrutées de très près par la communauté financière dès le mois prochain.

David KALFON
Achevé de rédiger le 27 juin 2014