Et si Ben Bernanke avait raison ?

Ces derniers jours, l’ensemble des marchés financiers ont été violemment secoués par le changement de ton de la FED et en particulier par l’annonce d’un calendrier de retrait des liquidités ultra abondantes qui ont soutenues ces deux dernières années le rebond des différentes classes d’actif. Alors qu’une abondante littérature a déjà été publiée sur le bien-fondé d’une telle annonce alors que l’économie mondiale parait encore bien fragile, nous nous devons de nous interroger sur la nature de ce mouvement de marché : est-ce le début d’un mouvement baissier de grande ampleur ou bien une simple correction avant de repartir sur des bases plus saines ?

En préambule, il convient de rappeler qu’à la clôture du 21 juin, les actions internationales mesurées en Euros ont déjà perdu plus de 8% et les actions européennes accusent un repli de plus de 10% par rapport à leurs niveaux du 22 mai. Sur le marché des emprunts d’Etats, les taux à 10 ans allemands sont passés de 1.17% le 2 mai dernier à 1.72% et les taux à 10 ans américains sont passés dans le même temps de 1.63% à 2.53%.

Envisageons dans un premier temps le scenario que tout le monde redoute et qui voudrait dire que nous sommes au début d’un mouvement baissier de grande ampleur: emballement des taux d’intérêts à long-terme, envolée du taux des crédits immobiliers qui stoppe net le principal moteur de la reprise américaine à savoir l’immobilier. Du fait de la volatilité sur les marchés financiers, la confiance des consommateurs rechute et les chefs d’entreprise, en attendant d’y voir plus clair reportent leurs décisions d’investissement et d’embauche. En un mot, le retour de la récession. Est-il raisonnable de penser une minute que la FED, après avoir lutté aussi agressivement depuis 2008 pour relancer l’économie, acceptera de voir se dérouler ce scenario les bras croisés ? Ben Bernanke a été très clair : la FED veut se montrer flexible dans l’utilisation de sa politique monétaire et n’hésitera pas à augmenter à nouveau le montant mensuel d’achat d’actifs réalisé par la banque centrale si la situation l’impose.

Maintenant, envisageons l’alternative, c’est-à-dire le scenario dans lequel Ben Bernanke a raison de faire ce qu’il fait car l’économie américaine est bien sur le chemin de la reprise. Dans ce scenario, la décrue du chômage se poursuit, redonnant du pouvoir d’achat au consommateur, relançant la consommation et donnant suffisamment de confiance aux entreprises pour qu’elles se remettent à investir plutôt que de stocker du cash sur leur bilan. Après une période d’ajustement des anticipations (au vu des mouvements enregistrés ces derniers jours, on peut penser que ces ajustements sont déjà bien amorcés), les marchés actions commenceront à s’intéresser davantage à la remontée des bénéfices des entreprises qu’à la dose d’injection de liquidités du mois. Les taux remonteront, mais modérément car la menace d’une nouvelle intervention de la FED empêchera une envolée trop rapide. N’oublions pas que la FED dispose de tous les outils nécessaires au contrôle de l’ensemble de la courbe des taux américains. C’est un scenario dans lequel les investisseurs doivent se montrer plus sélectifs car ce ne sont pas tous les actifs qui s’apprécieront sans discernement sous l’effet d’injection de liquidités, mais seulement ceux qui ont une raison fondamentale de s’apprécier. En un mot, les marchés repartent sur des bases plus saines après une période de correction.

A ce jour, c’est ce deuxième scenario que nous privilégions. Dans un monde où la critique est facile mais où l’art reste difficile, ne négligeons pas une éventualité : et si Ben Bernanke avait raison ?

David KALFON

Achevé de rédiger le 22 juin 2013