Hausse des taux : Retour en 1994 ?

Avec la violente remontée des taux d’intérêts à 10 ans aux Etats-Unis et en Europe, le spectre de 1994, lorsqu’Alan Greenspan commença à durcir la politique monétaire américaine et déclencha un krach obligataire, se rappelle au bon souvenir des opérateurs de marché. La situation nous semble pourtant bien différente. En 1994, le mouvement de hausse des taux de la FED avait surpris tout le monde. De plus, la remontée des taux avait été très forte avec un relèvement des taux directeurs de 3% à 6% en 12 mois.

Ce qu’a fait Ben Bernanke le 19 juin dernier est très différent. Tout d’abord, il a apporté de la visibilité au marché en donnant un calendrier de sortie des mesures d’accompagnement monétaire. Il a également précisé que toute remontée des taux d’intérêts (pas avant 2015) sera très graduelle. Ce faisant, il a réintroduit de la volatilité dans les marchés à un moment où ceux-ci sont suffisamment robustes (après la hausse enregistrée sur les douze derniers mois) pour la digérer et surtout, sans durcir pour autant sa politique monétaire. En 1994, Alan Greenspan avait réintroduit cette volatilité ET augmenté les taux d’intérêts simultanément.

Il ne faut pas non plus oublier que le changement de ton de Ben Bernanke n’est pas justifié par la volonté de lutter contre l’inflation ou de crever une bulle spéculative, mais bien par une reprise de l’activité économique qui se confirme chaque jour davantage aux Etats-Unis. Or c’est bien le rôle d’une Banque Centrale de soutenir l’économie au travers d’une politique monétaire accommodante lorsque l’activité est en berne et de retirer ce soutien lorsque l’activité redémarre… afin de pouvoir intervenir à nouveau en cas de rechute. C’est bien ce que les marchés semblent avoir oublié ces derniers jours.

Si les mouvements de ces derniers jours peuvent avoir quelques similitudes avec la violente correction enregistrée en 1994, la comparaison s’arrête là. Nous avons affaire à une FED bien plus proactive qu’à l’époque et qui n’a aucune pression inflationniste pour la presser d’agir brutalement.

Si les obligations d’Etat nous paraissent toujours chères malgré la hausse des taux récemment enregistrée, la correction des marchés actions offre des points d’entrée interessants.

David KALFON

Achevé de rédiger le 23 juin 2013