« Jusqu’ici, tout va bien. » – avril 2019

Les sujets macroéconomiques sont les mêmes depuis le début d’année, à la différence que la plupart semblent sur le point de trouver une résolution à plus ou moins court terme. Les négociations commerciales sino-américaines devraient normalement trouver une issue positive dans les deux semaines à venir, si Donald Trump ne donne pas à nouveau de grand coup de poing sur la table en imposant de nouvelles tarifications douanières, Theresa May obtenait début avril un délai supplémentaire pour renégocier le Brexit, et les Banques centrales mondiales s’accordent à l’unisson pour jouer la montre. Côté micro, les publications de bénéfices des entreprises surprennent en général positivement de part et d’autre de l’Atlantique.

 

Performances du 29/03/2019 au 30/04/2019 *:

 

 

Marchés et macroéconomie

USA vs China : Fog of War

Donald Trump avertissait en début de mois que l’échec des négociations avec pékin signifierait la fin des échanges commerciaux entre les deux pays. Même s’il s’est depuis montré depuis un peu plus optimiste, annonçant une potentielle résolution dans les deux semaines à venir, les dernières annonces sur une mise en place de nouvelles tarifications douanières par le gouvernement américain impose un brouillard de guerre sur l’issue d’un conflit déjà difficilement discernable.

Après un an de dégradations des relations entre les deux puissances mondiales, les pourparlers qui durent depuis maintenant plusieurs semaines sont une lueur d’espoir à laquelle s’accrochent les investisseurs. La dernière salve de négociations, après le meeting de Steven Mnuchin à Pékin le 30 avril dernier, devrait se dérouler le 8 mai avec le déplacement du vice-Premier ministre Liu He à Washington.

Bien qu’aucune date ne soit pour le moment fixée, la réunion au sommet entre Donald Trump et Xi Jinping, devant avoir lieu dans les prochaines semaines, devrait celer le sort des relations commerciales entre ces deux pays.

Hard Brexit, Soft Brexit, Long Brexit

Après tant de péripéties et d’agitation, le report du Brexit est finalement accordé aux équipes de Thérésa May afin qu’elles puissent retravailler l’accord de retrait de l’Union européenne. La nouvelle date fatidique est donc celle du 31 octobre, jour d’halloween.

Du 23 au 26 mai, autres dates à lesquelles les Britanniques devront probablement sortir leurs déguisements, se dérouleront les élections européennes, et bien que le gouvernement britannique tente le tout pour le tout pour trouver une solution au Brexit avant cette échéance, plus les jours passent, et plus la nécessité de lancer des campagnes électorales de dernière minute se fait ressentir.

Personne ne sait encore si les élections vont réellement avoir lieu, et si tel est le cas, il ne serait pas improbable de voir arriver au Parlement européen un certains nombres d’élus britanniques europhobes.

Toutes ces désillusions coûtent cher au parti conservateur de Theresa May, n’ayant pas réussi à délivrer un Brexit en temps et en heure. Les élections locales du 2 mai auront prouvé que les électeurs sont lassés des deux principaux partis du pays, les conservateurs et l’opposition travailliste, les deux perdant plusieurs sièges au sein des assemblées locales.

 

Banques centrales à l’unisson

La plupart des Banques centrales mondiales s’accordent sur un point : l’heure n’est pas à la précipitation.

Après avoir coupé son programme de rachat d’actif, avoir laissé courir le bruit de nouveaux prêts auprès des banques d’ici septembre (TLTRO III), et envisagé l’instauration de taux préférentiels pour les institutions bancaires, la BCE au travers de Mario Draghi conserve toujours son discours accommodant, n’envisageant pas de mouvements sur les taux avant la fin 2019.

La FED, depuis son revirement de début d’année, ne fait pas non plus d’étincelles. Les taux devraient se stabiliser sur 2019, et la baisse anticipée est pour le moment écartée. Selon Jérôme Powell, les risques sur les perspectives économiques sembleraient diminuer.

La Banque centrale japonaise, elle, promet de maintenir des taux extrêmement bas au moins jusqu’au printemps 2020. Fait nouveau tout de même, elle prend en compte désormais dans son discours l’évolution des perspectives économiques étrangères et notifie sa prudence.

La Banque populaire de chine n’a l’intention « ni de resserrer, ni d’assouplir » sa politique monétaire. Les derniers chiffres macroéconomiques étant ressortis supérieurs aux attentes, l’impact des mesures de soutien à la croissance mis en œuvre par Pékin semblerait confirmer la stabilisation de l’économie chinoise.

Côté britannique, la Banque d’Angleterre, bien que ne changeant rien à sa politique monétaire, remonte tout de même ses prévisions de croissances de 1.2% à 1.5%, l’impact économique des incertitudes liées au Brexit ayant été moins fort que redouté, report oblige.

 

Chiffres mitigés

Une nouvelle fois, les bonnes nouvelles macroéconomiques proviennent du continent américain, où la croissance du PIB des Etats-Unis à rythme annuel pour le 1er trimestre ressort bien supérieur aux attentes à +3.2% contre +2.3% attendu par le consensus de marché. Un chiffre éloignant pour le moment le risque de récession de la première économie mondiale. Les chiffres de l’emploi pour le mois d’avril ressortent également largement supérieurs au consensus, avec 263 000 emplois créés dans le secteur non-agricole contre 190 000 attendus.

En Chine, comme évoquée plus tôt, la croissance semblerait se stabiliser avec une progression de +6.4%, un signal rassurant lorsque l’on sait que l’économie plongeait l’an dernier à son plus bas niveau depuis près de 30 ans dans un contexte de guerre commerciale. La politique de relance budgétaire enclenchée par le gouvernement chinois, associée à une politique monétaire plus accommodante, porterait donc ses fruits.

En Europe, l’ambiance est bien différente. La croissance de l’activité manufacturière en France et en Allemagne continue de ralentir, le secteur automobile allemand se trouvant fortement impacté par la diminution de son exposition au marché américain.

D’après le FMI, le PIB de l’Union européenne, bien qu’occupant la deuxième place mondiale, tirerait la croissance vers le bas en cette période de Brexit.

 

Point valorisation – Surprises positives

 

 

Les dynamiques bénéficiaires des différentes zones géographiques confirment leur reprise, notamment sur le dernier mois. Exception faite pour le Japon, dont les prévisions bénéficiaires se stabilisent seulement, impactées probablement par le projet gouvernemental de relèvement de la TVA prévu pour octobre 2019, projet ayant pour but de réduire la dette publique japonaise, la plus élevée au monde rapportée à la taille de l’économie.

Le mois dernier, les prévisions de croissance bénéficiaires pour le Q1 2019 étaient légèrement négatives, en Europe comme aux États-Unis, la réalité est néanmoins toute autre.

Avec les trois-quarts des publications réalisées et environ 80% de surprises positives, la croissance bénéficiaire des sociétés américaines pour le 1er trimestre de 2019 ressort environ à +1.5% contre -9% attendu à fin mars.

En Europe, pour la moitié des publications réalisées, et avec un taux de surprises positif proche des 60%, la croissance bénéficiaire se trouve aux alentours des +5% quand -5% était attendu le mois précèdent.

 

Investissement Socialement Responsable

Qui dit mois d’avril dit début de la saison des Assemblées Générales et donc de l’activisme actionnarial auprès de la gouvernance des entreprises cotées. C’est donc le rendez-vous pour les actionnaires de challenger les pratiques de gestion et de rémunérations des dirigeants des multinationales.

 

Monsanto : Acquisition cancérigène

À ce jour, il est difficile de dire que le rachat coûteux de Monsanto par Bayer est une réussite. Les actionnaires estiment que la chute du cours de bourse du groupe allemand de près de 40 % depuis juin 2018, date du rachat, est due à une mauvaise estimation du risque juridique de Monsanto. Pour rappel, deux condamnations ont été prononcées en raison du caractère cancérigène de RoundUp aux États-Unis et 13 400 requêtes similaires sont en cours. En réaction à ces évènements, les actionnaires de Bayer ont voté contre les « actions du directoire » à 55.5 % alors qu’un an auparavant l’approbation de la stratégie de la direction était validée à 97 %. Le risque de réputation plane au-dessus de Bayer comme une épée de Damoclès, car le groupe n’est valorisé qu’à 57 milliards d’euros, soit moins que le prix d’acquisition de Monsanto.

 

Disney : La bande à Picsou

Une nouvelle voix de l’activisme en faveur de la responsabilité des entreprises s’élève peu à peu, elle n’est d’autre que la petite-nièce de Walt Disney. Alors que l’année dernière Abigail Disney critiquait déjà la réforme fiscale de Trump qui était pourtant en sa faveur (elle estimait que son taux d’imposition ne doit pas être inférieur à celui de son assistante qui n’avait pas ses moyens), cette année, l’héritière de l’empire de Mickey s’élève contre son propre empire, plus précisément contre le PDG et sa rémunération. Cette rémunération, qui est indexée sur le chiffre d’affaires,  de 65 millions de dollars pour l’année 2018 (soit une progression de 80 % par rapport à 2017), représente plus de 1400 fois le salaire médian de l’entreprise. De son côté, l’entreprise justifie cette rémunération par le retour sur les investissements historiques permettant d’accroître le potentiel de revenus et rappelle que l’entreprise a engagé 150 millions de dollars dans une formation innovante permettant aux employés d’obtenir un diplôme. Un investissement à peine 2 fois supérieur à la seule rémunération de Bob Iger.

 

The Danone Way of Life

Cette politique de rémunération vient à contre-courant de l’annonce d’Emmanuel Faber, le PDG de Danone. Ce dernier a mis fin à son contrat de travail, renonçant au régime de retraite prévue pour les cadres du groupe et à son indemnité de non-concurrence soit une somme avoisinant les 28 millions d’euros pour des « raisons strictement personnelles ». Emmanuel Faber se pose petit à petit comme le PDG modèle, menant une politique humaniste promouvant une responsabilité sociétale de l’entreprise qui s’étend au-delà des murs de l’entreprise. Cette décision donne du corps à son discours de l’Assemblée Générale du groupe le 26 avril en pointant « l’insoutenable concentration des richesses dans le monde ».

 

Changement de paradigme

Alors que la finalité de l’accumulation des richesses est un sujet qui préoccupe de plus en plus, le Financial Times alertait le 22 avril de l’écart grandissant entre les salaires moyens et la rémunération des dirigeants, remettant en question la théorie du ruissellement. Les pratiques d’imposition aux États-Unis se trouvent remises en question, et ce même par les plus riches. En effet, un groupe de milliardaires s’inquiétant des dérives du capitalisme militent désormais pour augmenter le montant des taxes payés par les plus riches. Cela rejoint alors les critiques d’Abigail Disney, mais aussi la proposition de la sénatrice Alexandra Ocasio-Cortez d’un Green New Deal qui souhaite taxer les ultra-riches pour financer la transition vers une économie bas-carbone et inclusive.