La revanche du vilain petit canard grec

Paris, le 14 juin 2019. Il était une fois un pays qui, rattrapé, par ses errances budgétaires, plongea dans une crise financière sans précédent en 2011. Tout le monde avait oublié son passé de Grande Civilisation, et il devint rapidement le vilain petit canard européen. Mais la roue tourne, et la Grèce tient aujourd’hui sa revanche. Alors qu’Outre-Manche, la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne se prépare, le Grexit n’a finalement pas eu lieu. Mieux, les investisseurs retrouvent de l’appétit pour la dette d’état grecque dont les taux se rapprochent des taux d’intérêts italiens, scénario improbable il y a encore quelques années.

L’écart de taux entre la Grèce et l’Italie, qui avait culminé jusqu’à 1600 points de base au pire de la crise, est aujourd’hui redescendu en-dessous des 50 points de base sachant que son niveau moyen au cours des dix dernières années se situe autour de 700 points de base. Outre les déboires politico-conjoncturels de l’Italie, cette convergence est surtout alimentée par la nette amélioration de l’état de santé économique de la Grèce. Il est ainsi possible d’envisager que les taux grecs passent sous les taux italiens au cours des prochains mois. Tout un symbole !

Le plan de sauvetage mis en place par la Troïka (Commission Européenne, BCE, FMI) au début de la décennie, y est pour beaucoup. Mais pas seulement. Au prix de vives tensions sociales, le gouvernement grec a adopté pas moins de 450 réformes pour sortir de l’ornière. Ces lourds efforts portent maintenant leurs fruits et l’activité va mieux. Le PMI manufacturier grec, qui atteint 54,2 points en mai, est désormais le plus élevé de la zone euro, loin devant l’Italie où l’indice s’élève à 49, 7 points.

Le rebond de la consommation constitue un facteur de soutien indéniable mais la bonne surprise vient de la reprise de l’investissement qui entretient la durabilité de la croissance. D’ailleurs, les prévisions portent actuellement sur une progression de 1,9% du PIB grec en 2019 contre une hausse de 1,2 % pour la zone euro et de seulement 0,2% pour l’Italie.

Comme cela a été le cas au Portugal où les taux d’intérêts souverains ont baissé pour atteindre 0,65% sur le 10 ans, cette dynamique pourrait avoir, à plus ou moins brève échéance, un impact positif sur le ratio dette sur PIB de la Grèce et provoquer dans la foulée de nouveau flux acheteur sur ses obligations d’état. Notamment si, comme cela semble se profiler, la liquidité continue à s’améliorer.

Des dispositions ont déjà été prises pour favoriser une reprise des volumes avec, par exemple, le regroupement en 2017 des 20 principales émissions obligataires en 5, portant sur un montant total de 30 milliards d’euros. Même si certains investisseurs restent échaudés par le profil de risque du pays noté B+ « hautement spéculatif » par l’agence Standard & Poor’s, la Grèce est de plus en plus considérée par les financiers comme un actif « investissable ».

Dans un contexte de taux bas où les investisseurs peinent à rémunérer correctement leurs avoirs, les obligations d’état grecques à 10 ans présentent ainsi un couple rendement /risque intéressant.

 

Cyriaque Dailland, gérant diversifié chez Sanso IS

 

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